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La Réunion face à 60% d'AVC de plus qu'en métropole : un programme mensuel structuré pour

Le département français le plus touché par les maladies cardiaques mobilise cent actions de proximité en septembre.

La Réunion enregistre 1,5 fois plus d'hospitalisations pour maladies coronaires que l'Hexagone, 1,6 fois plus d'hospitalisations pour AVC, et 30 % d'AVC supplémentaires par rapport à la métropole. Ces écarts, documentés par les services de santé publique, ne laissent guère de marge à l'interprétation. Ils ont conduit les autorités sanitaires à structurer un programme mensuel formalisé, baptisé Mois du Kèr, déployé sur l'ensemble du mois de septembre avec plus d'une centaine d'actions de proximité réparties sur toute l'île. Marie-Lucie Jean-Jacques, infirmière référente au service de cardiologie du CHU Nord, a posé sans ambiguïté les termes épidémiologiques du dispositif : "La Réunion est le département français le plus touché par les maladies cardio neurovasculaires, c'est la première cause de mortalité." Cette formulation, articulée depuis l'établissement qui incarne la dimension institutionnelle de la mobilisation, définit la base de justification sur laquelle repose l'ensemble du programme. Sur le plan opérationnel, l'orientation retenue consiste à déplacer les professionnels vers la population plutôt qu'à attendre une demande spontanée de consultation. Des cardiologues quitteront leurs établissements pour assurer des permanences dans les quartiers : le 14 septembre à la léproserie de Saint-Bernard à la Montagne, puis le 23 septembre à la salle polyvalente de Saint-François. Marie-Lucie Jean-Jacques a explicitement formulé la logique de cette approche : "Soigner, c'est bien, mais pour éviter l'apparition de toutes ces maladies cardiovasculaires il faut aussi prévenir et prévenir ça passe par des gestes de la vie quotidienne donc on va au plus près de la population pour passer des messages simples en dehors de nos blouses blanches." Plusieurs mécanismes d'accès élargi s'intègrent au programme. Les pharmacies mettront gratuitement à disposition des appareils de mesure de la pression artérielle, facilitant l'autosurveillance et le repérage précoce de l'hypertension. Des espaces d'échange désignés sous le nom de "Ron Kozé" s'installeront en quartiers pour permettre un dialogue direct entre habitants et professionnels de santé sur les facteurs de risque cardiovasculaire. Les locaux de Muta Santé proposeront également des dépistages gratuits, dont une journée consacrée spécifiquement à la santé de la femme, fixée au 16 septembre. Le volet éducatif était opérationnel dès l'ouverture du programme. Le samedi 5 septembre, un premier atelier de cuisine s'est tenu à l'Office municipal des sports à Champ-Fleuri, organisé par l'Équipe Diet sous la présidence de Magali Tarnus, diététicienne nutritionniste. Les ateliers, gratuits et ouverts à tous à partir de 8 ans, s'appuient sur des produits locaux tout en intégrant des recommandations nutritionnelles précises. Tarnus a détaillé les orientations transmises aux participants : "Pour votre cari privilégiez plutôt l'huile d'olive et l'huile de colza, de même pour l'assaisonnement. Pour la friture c'est plutôt l'huile de tournesol. Pour améliorer la santé de son cœur, on peut ajouter des oméga 3, il y en a dans les graines de chia, les sardines, les harengs et l'huile de noix par exemple." Le programme se clôt le 29 septembre, date coïncidant avec la Journée mondiale du coeur. La conférence de clôture, organisée à partir de 19h00 au siège social du Crédit Agricole La Réunion-Mayotte, portera sur le thème "Les tisanes péi et la santé cardiovasculaire" et réunira sur inscription des tisaniers péi et des experts du domaine. C'est la première fois que cette thématique culturelle locale figure au programme officiel de clôture du Mois du Kèr, ce qui signale un élargissement du cadre de référence sanitaire au-delà des seules données cliniques. Ce qu'aucun responsable sanitaire ne tranche publiquement, c'est la question de la pérennisation. Les mécanismes d'accès et de dépistage déployés en septembre restent pour l'instant inscrits dans la logique d'une campagne annuelle. Le seul traitement curatif ne suffit pas à réduire une charge de morbidité de cette ampleur, et les professionnels du secteur savent que la prévention, dans ses dimensions nutritionnelle, médicale et communautaire, ne produit ses effets qu'à condition d'être structurée en dehors des calendriers événementiels. Reste à voir si le bilan de cette édition conduira à des engagements structurels, ou si le dispositif continuera de reposer sur la mobilisation annuelle de septembre.