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Ratsietison, l'économiste que les Malgaches ordinaires écoutent pour comprendre l'immobili

Zoky Jean-Jacques explique depuis dix ans comment le marché des devises appauvrit les Malgaches.

Dix mois après le changement de régime de septembre 2025, Madagascar n'a toujours pas résolu ses déficits structurels en eau courante, en alimentation électrique et en pouvoir d'achat. Pour un segment croissant de la population urbaine et rurale, une seule figure d'économiste incarne l'analyse de cet échec : Jean-Jacques Ratsietison, surnommé "Zoky Jean-Jacques", soit "grand-frère" en malgache. Ce titre informel, spontanément adopté dans le discours populaire, traduit une forme de légitimité que les appareils institutionnels successifs n'ont pas su absorber. Ratsietison est économiste spécialiste de l'audit d'entreprises à dimension internationale. Sa présence dans le débat public malgache s'étale sur plus d'une décennie. Au fil de ces années, il a développé une position constante et précise sur la cause première de l'appauvrissement du pays : le Marché interbancaire de devises, connu sous l'acronyme MID. Pour diffuser cette conviction au-delà des cercles technocratiques, il a fondé un parti politique intitulé FMI Malagasy, dont la traduction littérale est "Du pouvoir d'achat pour tous les Malgaches". Malgré une audience grandissante auprès du grand public, aucun gouvernement successif n'a retenu ses offres de collaboration. Le raisonnement qu'il déploie sur le MID est opérationnellement précis. Selon Ratsietison, l'État malgache ne dispose que de deux canaux pour obtenir de l'ariary. Le premier consiste à racheter sa propre monnaie sur le MID en cédant des devises étrangères, un mécanisme qu'il qualifie d'aberrant dans sa conception même. Le second repose sur l'émission de bons du trésor assimilables, les BTA, dont l'accès est de fait réservé aux banques commerciales en raison de la paupérisation généralisée de la population. Ces établissements financent leur participation soit par création monétaire comptable, soit par refinancement auprès de la Banque Centrale. Dans les deux configurations, résume-t-il, "celui qui prête l'argent n'en possède pas", et la charge finale retombe sur le contribuable ordinaire. La question des fuites de capitaux est au coeur de son réquisitoire contre le MID. Ratsietison cite des sources américaines estimant qu'entre 2013 et 2022, quelque 20 milliards de dollars auraient quitté Madagascar via ce mécanisme. Plus directement, il accuse le MID d'avoir facilité l'absorption d'un détournement de 3,8 millions d'ariary, équivalent à environ 900 millions de dollars, révélé récemment par la Cour des Comptes et qu'il impute à Andry Rajoelina et à Ravatomanga. Le schéma opérationnel invoqué est précis : une ligne budgétaire intitulée "soutien au développement", dotée de 300 milliards d'ariary par an et créée sous le premier ministre Ntsay Christian, aurait permis de transférer progressivement des fonds à l'étranger par surfacturations successives converties via le MID. Face aux critiques qui lui reprochent de vouloir couper Madagascar des flux de devises internationaux, Ratsietison opère une distinction nette. La suppression du MID bloquerait les sorties illicites sans entraver les entrées. Les recettes issues de l'or, des mines et des exportations continueraient à alimenter la position en devises du pays. Il plaide parallèlement pour une renégociation des contrats miniers qu'il juge léonins dans leur structure actuelle : Madagascar perçoit uniquement les impôts sur l'activité des opérateurs, sans participation à la valeur des minerais extraits. Bien valorisé, le patrimoine naturel national suffirait selon lui à s'affranchir des emprunts souverains internationaux. Il préconise également une politique massive de projets immobiliers comme levier de relance, une proposition qui, comme l'abolition du MID, n'a jamais été mise à l'agenda sous aucun des régimes qui se sont succédé. Par contraste, la junte militaire en place depuis septembre 2025 avance que soixante ans de dégradation institutionnelle ne peuvent se corriger en quelques mois. Ratsietison conteste cette ligne de défense en soulignant que la suppression du MID constitue une mesure de politique monétaire activable sans délai, à condition d'en avoir la volonté politique. C'est précisément cette volonté qui fait défaut, selon lui, depuis qu'il a commencé à formuler ses diagnostics publiquement. Le profil complet de l'économiste et le développement intégral de ses arguments sont disponibles sur mondafrique.com/economie/madagascar-portrait-dun-economiste-integre/. Pour les opérateurs qui suivent la trajectoire macroéconomique de Madagascar, la persistance des déficits en eau et en électricité dix mois après la transition politique (un délai qui n'avait rien d'inévitable selon Ratsietison) pose une question ouverte : jusqu'à quel point un changement de régime sans réforme monétaire peut-il produire une amélioration tangible des conditions de vie ?